Cie Phorm 

Du 4 au 9 novembre

Carne Argentina

L’Argentine… le pays du tango, des gauchos, le pays où les footballeurs sont des idoles et les femmes des déesses…Ou des putains… Le pays de l’hyperinflation, d’Eva Peron, mais aussi et surtout, le pays de la viande… la meilleure qui soit…

En Argentine, la viande fait partie de son ADN, de son identité, elle est son essence, une fierté nationale. Elle est d’ailleurs omniprésente dans nos assiettes, elle est même sacrée, on se réunit autour d’elle, en famille ou entre amis, pour la vénérer, chanter ses louanges et celles de celui qui a le privilège de la cuisiner, el asador. Sa notoriété est telle qu’on l’exporte aux quatre coins du monde, elle est la base de notre économie, qui, ironie du sort, se fait, elle, un malin plaisir à se viander régulièrement.

Elle conditionne également notre rapport au féminin. Malgré les avancées dues au mouvement « Me Too », la femme reste encore trop souvent gibier, elle se chasse, se dévore des yeux, se déguste… Et puisque les Argentins s’autoproclament fins connaisseurs de la viande et des femmes, quoi de plus naturel que de comparer les deux ?

La viande fait aussi partie intégrante de notre histoire politique. Elle est dans les corps vides, déshumanisés, des disparus pendant les heures sombres de la dictature, que les Mères de Plaza de Mayo s’efforcent de matérialiser, leur donnant une enveloppe, une chair, des os, une identité. Elle est aussi présente dans ces corps de migrants, nos grands-parents, qui, il n’y a pas si longtemps encore, s’entassaient dans les bateaux des Espagnols, des Italiens, des Britanniques, des Arabes, des Asiatiques, des Arméniens, des Polonais, des Juifs, des Nazis… des corps affamés, meurtris par la guerre et la misère en quête de nourriture, de la viande promise, l’Argentine.

Dans ce projet je m’interroge donc sur mon pays, sur ma famille, sur l’exil, sur cette viande argentine dont je fais partie. Je vois ce projet comme l’étreinte d’un souvenir qui s’estompe après de nombreuses années vécues en France. Le souvenir, non pas de mon pays natal mais de ce qui reste de lui en moi. C’est ce que j’explore aujourd’hui au côté de quatre interprètes argentin es. Cette mémoire du corps, un voyage dans la chair, dans notre carne , dénominateur commun d’une identité remplie de contradictions, de blessures et de joies qu’il nous a été dû d’hériter.

Chorégraphe | Santiago Codon Gras
Interprètes | Santiago Codon Gras, Anabella Pirosanto, Florencia Pavon, Mariana Pavon, Daiana Migale
Création Lumière | Laurent Paticier
Musique | Gas-Lab

Textes | Cie Phorm
Visuels | Joynik