Qu’est-ce qu’un 19|21 ? 

Depuis que l’invitation a été lancée l’année dernière, ils et elles sont de plus en plus nombreu.x.ses à vouloir participer à ce rendez-vous dansant que le Ballet du Nord CCN & Vous ! propose le premier mardi de chaque mois, de 19h à 21h.

“19/21 de février. Complet mais les malchanceux seront prioritaires sur le mois de mars”.
Sylvain Groud, danseur, chorégraphe et directeur du Ballet du Nord sur son mur de Facebook

Durant cet intervalle, le Grand Studio n’est plus un espace consacré à l’entraînement des artistes professionnels et devient un lieu d’accueil pour les habitant.e.s de la ville et des communes proches. L’invitation se fait via Facebook et une newsletter. Chaque fois entre quatre-vingts et cent personnes se rejoignent dans des danses improvisées qui sont guidées par le chorégraphe et qui bénéficient de la présence d’un éclairagiste et des musiciens invités pour l’occasion.

Une alternance entre danse et regard, entre regard et danse

Après l’échauffement, certain.e.s viendront s’assoir sur les gradins pour regarder la danse les autres. Ensuite, les rôles seront inversés : ceux et celles qui dansaient deviendront spectateurs et spectatrices à un moment donné. Cette alternance entre danse et regard, entre regard et danse, est l’un des principes structurants du dispositif. Il y va d’une volonté de ne pas définir mais de laisser ouvert le choix de ce qui « fait spectacle », selon l’expression du chorégraphe. 

Apparemment, lorsque tout le monde danse sur le plateau, le caractère chorégraphique du rassemblement ne va pas de soi. Face à une minute de la vidéo –faite avec un portable– du 19/21 du 5.11.20, quelqu’un a dit : « ça ressemble à une jam ». Sans doute la place centrale de l’improvisation motive-t-elle cette comparaison. Pourtant, les exercices d’échauffement, le découpage de la séance en plusieurs moments –au nombre de trois, quatre, cinq…–, les variations de l’éclairage et le soin mis dans le choix de l’accompagnement sonore, tous ces éléments réunis indiquent qu’un travail de composition est accompli qui prépare les occurrences du partage gestuel. 

Diversité des corps et des gestes

Mais il est vrai que le rassemblement est protéiforme et qu’il n’obéit à aucun dessein de reproduire une figure collective prédéfinie, surtout pas l’unisson. De ce point de vue, à l’instar de Marie Bardet, on peut estimer qu’il ouvre une « ligne d’exploration de ce commun du geste1 » qui ne relève ni de « l’éloge [superficiel] de la diversité des corps et des gestes, [ni d’] une totale homogénéisation ». Comme nombre d’initiatives en danse contemporaine, le 19|21 est traversé par l’« inquiétude 2 » ou « la question lancinante que la danse se pose à elle-même dans sa création : qu’est-ce que composer l’hétérogène des mouvements de la danse, ensemble? ». 

Ivan Jimenez


1 Marie Bardet, « Inquiétudes et paradoxes du commun. Danser ensemble, danser comme, danser avec ? », Repères. Cahier de danse, n° 25 [Mettre en commun. Se rassembler, se ressembler ?], avril 2010, p.  3-4

2 Ibid., p. 5.