Portrait d’artiste(s) : la Cie Art Mouv’

Entre l’échauffement et le travail de création, les membres de la Compagnie Art Mouv’ nous parlent de leur art et de leurs vies entre les créations. Portrait d’artiste(s).

Cie Art Mouv' - En attendant James B
La Cie Art Mouv’ lors de l’ouverture studio du 20 février 2020

Dans les studios

Il se passe beaucoup de choses au Ballet du Nord. Certaines semblent plus visibles que d’autres – une pièce sur le plateau du Colisée, un 19/21 rameutant foule… – mais si ces événements qui plaisent au public font figure d’évidence, la danse ne s’arrête en réalité jamais.

Le Ballet du Nord et son École disposent de six studios de danse, et il est rare que ceux-ci restent inoccupés très longtemps. En 2019, 42 compagnies de danse ont été accueillies au sein du Ballet du Nord. Certaines y passent quelques jours, d’autres quelques semaines, mais toutes échangent et partagent avec les membres de l’équipe du Ballet du Nord, artistes ou non.

Depuis la rentrée 2019, il est donné chaque mois la possibilité au public de venir à son tour partager et échanger avec ces artistes aux humeurs vagabondes : les ouvertures studios deviennent un peu plus chaque mois un rendez-vous emblématique de la philosophie Ballet du Nord, CCN & Vous !. Nous avons alors eu l’idée, pour en apprendre un peu plus sur eux et apprendre à mieux se connaître, de montrer les coulisses de ces périodes de résidence et de dessiner des portraits d’artistes. 

Il y a quelques jours, nous nous sommes donc assis dans les gradins du studio pour discuter avec les membres de la Compagnie Art Mouv’, qui passe deux semaines chez nous en accueil-studio. Le partage, le musée Guggenheim, et les friches industrielles de Roubaix sont autant de choses à propos desquelles nous avons pu échanger.

Pour commencer les présentations, nous proposons à la chorégraphe Hélène Taddei Lawson, directrice artistique de la compagnie, de nous décrire le travail de celle-ci en trois mots :

« La compagnie Art Mouv’ c’est un travail pluridisciplinaire danse/musique/vidéo – même si dans cette pièce [En attendant James B.] il n’y a pas de vidéo – qui combine différentes écritures chorégraphiques : contemporaine, hip hop, africaine selon les pièces. Les thématiques souvent tournent autour du décloisonnement, de la liberté d’expression… des thèmes qui me sont chers. »

Cela fait un peu plus de trois mots ! Mais si en effet nous ne devions en retenir que trois, en accord avec Hélène, ils seraient les suivants : pluridisciplinaire, multiculturel et liberté d’expression.

La Cie Art Mouv’ lors de l’ouverture studio du 20 février 2020.

Après l’identité de la compagnie, c’est aussi celle des artistes qui la font vivre qui nous questionne. Nous leurs demandons alors de nous parler de la première rencontre, du déclic qui les a amenés vers cet art.

Pour Hélène, la rencontre a eu lieu lors d’un cours dans une MJC de Bastia, quand elle avait 15 ans. «  Au premier cours que j’ai pris, » nous dit-elle, « il s’est passé quelque chose. Ça été la passion tout de suite. Je ne pourrais pas expliquer. »

Pour Charly Moandal et Dominique Lisette, danseurs, c’est par la discothèque que la danse est arrivée dans leurs vies. La famille aussi a joué un rôle, quoique diamétralement opposé, dans la découverte et l’appréhension de cette nouvelle forme d’expression. En effet pour Charly, l’appétence pour la musique de James Brown, la funk et la soul, lui a été transmise par son frère. Par mimétisme, il s’en empare alors « ça m’a tellement plu que je me suis dit que j’aimerais bien danser un peu comme lui ! ». Aux antipodes, Dominique lui cherchait plutôt refuge dans cette discothèque, où la danse est devenue son nouveau moyen d’expression. « Une échappatoire », selon lui, « à une époque où dans la danse, tout le monde cherchait à être unique, singulier. Avant le mot « hip hop », mais où déjà des gens le pratiquaient. »

Après ce premier choc artistique, si ils nous parlaient de leur dernier en date ?

Immédiatement, Hélène prendre la parole pour nous décrire avec beaucoup de plaisir et d’enthousiasme une exposition des travaux monumentaux du sculpteur de Richard Serra au Musée Guggenheim de Bilbao, en Espagne. Immenses labyrinthes ou scénographie, la chorégraphe semble encore s’émerveiller des œuvres admirées et des souvenirs laissés.

Mais dans toute l’équipe, un endroit (un moment ? un coup de foudre ?) fait l’unanimité : l’Afrique. « Un gros choc dans tous les sens du terme », explique Dominique avant de surenchérir, « une bonne claque. » Danseurs, musique, la forte impression a été faite à tous les niveaux.

Cie Art Mouv' - En attendant James B
La Cie Art Mouv’ lors de l’ouverture studio du 20 février 2020

Vibrations roubaisiennes 

Après les avoir faits parler d’eux, parlons de nous. Ou plutôt, du lieu, du Ballet du Nord et de sa ville : Roubaix. Car la compagnie n’est pas d’ici ! Basée en Corse, plus précisément à Bastia, la Cie Art Mouv‘ compte des membres d’horizons très divers et parfois lointains, avec des danseurs pour certains ultra-marins. Alors Roubaix, qu’est-ce que ça vous évoque ?  

Pour Hélène, qui a déjà séjourné ici plusieurs fois, c’est une ville accueillante. « Je ne suis peut-être pas objective », rit-elle, « parce qu’à chaque fois que je viens c’est pour travailler au CCN ou à la Condition Publique, mais on a l’impression que c’est une ville qui est traversée par des vibrations artistiques avec des acteurs comme le CCN ou Dans la Rue la Danse. C’est ce qui donne cette transversalité, on ne sent pas quelque chose de cloisonné. » 

Dominique aussi évoque nos voisins de Dans la Rue la Danse, et en particulier le rôle qu’a pu avoir son directeur dans la venue en France d’intervenants américains en danse urbaine. Les friches industrielles, comme celle où l’École du Ballet du Nord est située, rappellent l’Allemagne au danseur, entre patrimoine industriel et espace culturel.

Nous concluons notre conversation en parlant de ce qu’ils aiment faire quand ils ne dansent pas : partager. Bien sûr, ils le font déjà à travers leur métier, mais c’est plutôt une philosophie de vie : Alex Benth, danseur et cuisinier à ses heures perdues, commence : « On partage tous quelque chose. Moi j’aime bien faire un peu de tout, toucher à tout. »

« J’ai l’impression de faire un super beau métier », dit Dominique. « On passe notre temps à échanger, à partager, à donner, à s’inspirer… » Hélène poursuit à son tour : « Nourrir notre imaginaire. Je bouquine pas mal. J’aime aussi écouter de la musique, regarder des films, discuter avec des gens. Mais ce que j’aime le plus c’est voyager. C’est ça qui nourrit le métier mais qui nous nourrit aussi. » Charly enchaîne alors immédiatement : « On peut voyager à travers la danse ! ».

Voyage à travers les styles, les époques, les cultures, les contrées parfois lointaines… une chose est sûre, la danse n’a pas fini de nous emmener à chaque rencontre un peu plus loin.